Saint-Jean-Pied-de-Port – Roncesvalles

14.04.2006

Après une nuit de sommeil entrecoupé de doutes sur l’étape à venir et à soigner la tendinite toujours douloureuse, l’heure du lever est arrivée. Rituel devenu quotidien de la préparation du sac, douche, soins et vite au petit déjeuner. La descente de l’escalier n’augure rien de bon.
Le petit déjeuner avalé, la note réglée, nous saluons notre hôtesse auprès de laquelle nous nous renseignons pour la direction de la route du col. En effet, par mauvais temps ou problème physique, il est conseillé par les guides de ne pas entreprendre le chemin historique.

Quelques mètres suffisent pour que je me rende compte que, en fin de compte, cela ne va pas si mal que cela. Hésitation, interrogation, accélération puis décision : nous ne suivrons pas la route de Valcarlos mais le chemin historique !

Nous franchissons la Nive mais à la sortie de la vieille ville, par le pont médiéval et non pas sur le pont de la route qui jouxte notre hôtel. Nous sommes à nouveau entrés dans la St Jean Pied de Port historique pour mieux en ressortir deux cent mètres plus loin par la Porte d’Espagne.

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Première montée rude. Nous saluons un groupe de pèlerins accompagnés d’un chien qui prennent de l’eau au départ de l’étape. Nous les retrouverons régulièrement au fil des étapes jusqu’à Puente la Reina. Ils sont italiens.

Le moins que l’on puisse dire est que les premiers kilomètres sont vraiment très physiques.
La tendinite s’est bien réveillée malgré les fréquentes applications de Cliptol. Ca fait mal mais c’est supportable ! Comme nous ne sommes pas dans la partie la plus pentue, mais eux y sont, nous voyons nos premières files de pèlerins sur la petite route vers Honto. La pente se fait plus rude encore mais il fait beau et dans cette première partie du passage du Col le paysage est superbe. Au loin, les vallées sont encore embrumées et le soleil éclaire ce magnifique environnement empreint de paix et de sérénité.

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La jambe tire mais la douleur tend à disparaître. Le rythme de la montée est soutenu et nous rattrapons un couple de jeunes filles juste avant le refuge d’Honto, d’où beaucoup de pèlerins partent pour cette étape de franchissement du col. Ils ont dû monter hier au soir pour être à pied d’œuvre ce matin.

Toujours une pente très soutenue. Nous nous sommes bien entraînés sans le vouloir en passant dans les Baronnies des Pyrénées. Le rythme est là et nous commençons à doubler un grand nombre de personnes.

 

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Il faut dire que nous ne sommes pas seuls en cette veille de Pâques à monter vers l’Espagne. Un point d’eau entouré de chevaux nous ravitaillera en eau fraîche.
A peine franchi le refuge d’Orisson, nous prenons de face un vent très soutenu qui ne nous quittera pas jusqu’au Col de Roncevaux. Très désagréable car parfois violent, il n’est heureusement pas froid.

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Encore environs quatre kilomètres et nous quittons la route du col (RD 428) pour monter un chemin herbeux qui démarre à peu près à la hauteur du monument aux pèlerins sur la droite.
Il est mal tracé mais à suivre la file des pèlerins nous ne nous perdrons pas. Toujours ce vente qui part moment nous déséquilibre et nous force à un effort plus grand pour compenser le poids du sac et sa prise au vent. A peine franchi une barre rocheuse, nous trouvons un endroit relativement abrité de ce maudit vent. Il est 12h30, et nous déjeunons (!) d’une barre de céréales et d’un bout de fromage, sans pain et à un jet de pierre de la première borne frontière franco-espagnole. Saluts aux pèlerins qui passent et qui nous les rendent. Ultreia !

Et c’est reparti ! La jambe tire un peu moins, tant mieux. Nous prenons de l’eau à la fontaine de Roland où un groupe de jeunes espagnols se ravitaille aussi. En effet, de nombreux pèlerins espagnols marchant sur le Camino Francès partent de St Jean-Pied-de-Port.
Nous passons aussi devant la stèle annonçant St Jacques à 760 kilomètres. Ultréia, encore une fois !

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Le chemin continue en longeant un longue barrière métallique mais la couche de feuille épaisse qui cache le sol masque une gadoue bien collante qui s’étend sur plusieurs dizaines de mètres. Il y a un peu de neige sur le bas côté.

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Nous montons encore une côte qui semble être le dernier morceau du Col Lepoeder, point le plus haut du parcours.

Récompense suprême après tant d’heures d’effort, nous découvrons, au loin et en bas, le plateau descendant vers Roncevaux et Burguete. Nous continuons sur la route vers le col de Roncevaux (Ibañeta) qui est à une altitude plus basse que le Lepoeder puis nous trouvons une piste à travers les pins qui descend vers l’Abbatiale que l’on devine en contrebas.

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Nous traversons les bâtiments de l’Abbatiale. Il est 15 heures. Notre hôtel est un peu en amont du bâtiment principal de l’Abbatiale. Il y a beaucoup de monde pour cause de vacances de Pâques (pèlerins et touristes espagnols). La chambre est réservée depuis la veille. Nous continuons nos habitudes prises en France : douche, jambes en l’air, repos. Puis, un petit tour dans Roncevaux où il n’y a rien d’autre que les bâtiments de l’Abbatiale, deux hôtels et l’auberge de pèlerins, bâtiment lugubre.
Il fait bien beau mais un peu frais. Une petite bière en terrasse de l’hôtel. Atmosphère étrange, la jeunesse s’amuse autour de nous, indifférente à notre exploit. En fait d’exploit, il est renouvellé, chaque jour, par des dizaines de pèlerins ! Un peu de modestie, tout de même, ce n’est pas l’Everest que nous avons franchi…
La jambe va mais je crains le moment où tout cela va refroidir. Les pèlerins vont dîner à 19h00. Nous ne les rejoignons pas, n’étant pas encore très au courant des mœurs espagnoles. Nous attendons, bien obligés, qu’ils aient fini pour prendre place. Nous comprendrons qu’il aurait mieux valu dîner avec eux mais nous croyions qu’il fallait dormir à l’auberge des pèlerins pour le faire.
Nous mangerons, mal, pour beaucoup plus cher que nos compagnons de route et nous ne serons servis qu’à 21h00….nous qui avons franchi le Col de Roncevaux aujourd’hui. Eux sont dans le refuge depuis 20h, heure à laquelle l’auberge de pèlerins ferme ses portes pour ne les rouvrir qu’à 6h00 et les refermer à 8h00. Autrement dit, tout le monde doit avoir quitté le gîte le matin à 8h00 sauf exceptions circonstanciées.

Au lit dès le repas fini, soins à la jambe. Lecture du topo de l’étape du lendemain. Bonne nuit qui fût fort ventée. Odile me dira le lendemain, qu’à 5h00 du matin, un déluge s’est abattu sur Roncevaux. Nous en goûterons la suite dans l’étape à venir !

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