A Gudina – Alberguaria

Lever 6 heures. Petit déjeuner au lit (celui que nous avons acheté hier + les restes de la veille) et à 6h30 sommes en bas. Le patron nous offre un café chacun et nous voilà dehors.
Pourquoi dehors à 6h30 ? Parce que les pieds de la pèlerine ne sont pas beaux et que l’étape, telle que définie dans le guide Rando Editions (et non plus Raju sur cette portion) est longue et montagneuse.
Décision, hier, à table a été prise de raccourcir en train cette fois-ci.
Nous voilà dehors, donc, et surprise, il pleut. La voiture garée devant l’hôtel est couverte de gouttes. En fait, il s’agit de brouillard. Le vent d’est est froid et nous souffle dans le visage alors que nous (re)montons vers la gare.

 

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Nous attendrons dans la salle d’attente éclairée d’une gare sans personnel.
Le train est à 7h15 et de rares voyageurs nous rejoignent en silence.
A l’heure dite, le train entre en gare. Nous montons dans l’unique wagon qui est quasiment vide. Le train roule dans l’obscurité et le brouillard.
Le contrôleur-vendeur de billets tardant à venir, après le premier arrêt, j’appuie sur le poussoir « arrêt demandé » car les distances entre les stations ne sont pas grandes. Le contrôleur, ayant compris que nous allons descendre sans payer s’il ne se remue pas, file vers la cabine du chauffeur pour lui dire qu’il y a deux clients pour le prochain arrêt…
A peine ai-je payé que le convoi s’arrête dans la gare de Castrelo do Val-Verin-Campobecerros.
Surréaliste. Nous descendons du wagon avec nos sacs directement sur le ballast, dans l’obscurité complète. Le contrôleur, heureusement, me signale que c’est de l’autre côté de la voie qu’il faut aller pour trouver la gare.
Le train part, on traverse mais comme il fait encore très noir, nous devrons attendre que le jour se lève pour pouvoir trouver notre chemin. Une première tentative s’avère vaine. Assis sur un banc, nous attendons en notant que cette gare peut faire office de logement pour pèlerins. Il y a un numéro à appeler. Nous sommes à deux kms de Campobecerros que nous rejoindrons par une petite route qui débouche sur une autre sur laquelle nous partons à droite.DSC07817

Nous ne traverserons pas Campobecerros car le Camino part immédiatement à gauche vers Portocamba, au prix d’une belle montée.

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C’est à Portocamba, village quasiment abandonné, que nous mangerons un peu de gâteau acheté la veille, assis sur un banc auprès d’une fontaine.

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Il est relativement tôt et les volets commencent à s’ouvrir dans la partie moderne du village. Les habitants vont donner à manger aux poules dont les poulaillers semblent concentrés sur le côté droit de la petite route qui conduit à la croix des pèlerins morts située au point le plus haut de notre parcours d’aujourd’hui.

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S’en suivra une longue descente, sur piste, de plusieurs kilomètres en direction de As Eiras,, descente dans laquelle nous rencontrerons nombre de marquages originaux…DSC07821DSC07825DSC07831DSC07829

puis Laza. Un trio de pèlerins en vélo, nous saluant, nous réveilleront au cours de la descente.
A As Eiras, la pèlerine oubliera momentanément ses bobos aux pieds pour ramasser quantité de noix fraîches récemment tombées. Il y a des bruyères en fleurs et beaucoup de colchiques roses ou mauves.
Encore une belle descente, sur route cette fois, sur Laza où la récolte des patates bat son plein.

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Nous nous dirigeons vers la Mairie, puis la Croix Rouge pour obtenir le sello.
La personne qui nous accueille, à ma demande, nous indique un bar sur la place Picota et nous montre le chemin.
Dans le bar, on attaque en espagnol et on finit en français car le propriétaire a travaillé en Suisse (Romande, je suppose). Nous demandons si on peut manger quelque chose de chaud. Il relaie la question à la cuisine qui nous fait monter un escalier bien raide où, nous dit on, il y a une salle.
Non seulement il y a une toute petite salle sur laquelle donne la cuisine mais nous pourrons déjeuner en terrasse privée, dehors.
Il y a une seule table sur laquelle nous aurons droit à une bonne soupe bien chaude, une escalope milanaise frites et poivrons avec tempura d’aubergines, un vin rouge du village, le tout au soleil et pour 9 € chacun.
Le pèlerin ravi

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Rassasiés, nous continuerons notre chemin en finissant de traverser Laza, puis prendre la route menant à Soutelo Verde où nous ne verrons pas âme qui vive.
Par contre, s’il n’y a âme qui vive, il y a bien quelqu’un qui a le sens de l’humour ou la nostalgie de son Andalousie.

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Belle ermita quand même.DSC07839DSC07842

Le chemin continue à travers les jardins et les vignes. Nous arrivons à Tamicela que nous ne traverserons pas car les flèches nous envoient à gauche, où cela monte pas mal.

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Et cela montera pas mal, même fort, pendant presque cinq kilomètres.
Dur, dur. La pèlerine souffre énormément de ses pieds et avance à pas comptés.

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Dernier regard en arrière.

 

Dans les premiers hectomètres de la montée, la pèlerine s’arrête et dit renoncer. Puis, une idée lui vient. Elle me demande mes chaussures de repos. Elles sont légères et très souples et surtout sur-dimensionnées pour elle. Moins de frottements…

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Et c’est ainsi qu’elle arrivera à la nationale qui nous nargue depuis plus d’une heure, tout en haut de cette sacrée côte. Le pèlerin, lassé de monter sans visibilité, a décidé d’accélérer et d’aller voir en haut « ce qu’il y a ». Il attendra la pèlerine qui monte lentement, très lentement. On comprend bien pourquoi mais on ne peut rien faire pour elle sauf avancer pour l’entraîner.
Il n’empêche que nous sommes l’un et l’autre épuisés. Moins d’un kilomètre plus loin, nous entrerons dans Alberguaria.

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Fatigués mais contents car nous avons eu beau temps. Comme cela doit être pénible de monter cette côte caillouteuse sous la pluie.
Nous passerons devant le Rincon del Peregrino, célèbres parmi les pèlerins pour sa collection de coquilles dédicacées pendues au plafond. Nous ne profiterons pas de cela car le bar est fermé car nous sommes peut être, comme disent les cyclistes, hors temps. Peut être ouvre-t-il aux heures de passage du peloton ou bien son jour de fermeture est le jour de notre passage. Tant pis pour lui et pour nous. Santiago est annoncé dans 140 kms.DSC07850

Nous contacterons, au téléphone, la casa rural qui doit nous héberger, la maison Couso Galan. Un couple de jeunes gens vient nous prendre en auto pour parcourir les six kilomètres qui séparent Alberguaria de Couso.
Je crois que nous n’aurions pas pu les parcourir à pied.
Il s’agit d’un petit hameau qui était en ruine et a été repris en main par un industriel de Navarre. Chaque maison, en grès et lauze, à été rebâtie et équipée du meilleur confort.
Les formalités sont vite traitées avec un hôtesse souriante.
Nous aurons la première maison en entrant dans le hameau que traverse un joli petit ruisseau. Notre maison, qui a une vaste terrasse devant la porte, profite du soleil couchant et de ses derniers chauds rayons. Vaste chambre, belle salle de bain. Grand confort. Chauffage électrique.
Nous irons dîner à 20h30, seuls clients du restaurant. Accueillis avec le sourire, nous serons servis par une serveuse agréable et professionnelle.
La cuisine est élaborée et sort de l’ordinaire. Croquettes de chipirons, joue de boeuf pour la pèlerine et loubine pour le pèlerin avec un vin de Vérin et une pana cotta. Il faut signaler que Couso Galan propose un forfait pour les pèlerins qui coûte quelques 93 euros pour deux comprenant la demi pension telle que je la décris plus le transfert auto à partir du chemin et retour à l’endroit où l’on vous a pris. Une bonne adresse pour celles et ceux qui veulent se gâter.
La nuit sera reposante et très calme. Le bonheur du pèlerin pour ainsi dire.

http://www.cousogalan.com/